WAF OU LA RECHERCHE DE L'ALTÉRITÉ LIBÉRATRICE
27 février 2017
WAF OU LA RECHERCHE DE L'ALTÉRITÉ LIBÉRATRICE
27 février 2017

VJ-artiste vidéaste, photographe, scénographe, modèle, musicienne ou poète ? Elle est incernable par la richesse de ce qu’elle porte en elle. Son univers interpelle par la profondeur de ce qu’il suggère et son œuvre intrigue par sa capacité à révéler cet « essentiel » si invisible pour les yeux.

Elle s’appelle Wafa Ben Romdhane. WAF est son nom de scène. Nous sommes allés à sa rencontre pour découvrir son parcours d’artiste et tenter d’en savoir un peu plus sur ses œuvres et ses projets à venir. Installée en France, WAF enchaîne les projets de mapping, de VJing tout en développant une passion pour la photo. Ce qui suit est un court instant passé avec une artiste multiple qu’on a envie de connaître beaucoup plus. A suivre…

Comment as-tu atterri dans le monde de la vidéo ?

Je suis de formation designer d’objet. J’ai passé cinq ans à l’Institut des Beaux-arts de Tunis puis j’ai fait un master en design à la Sorbonne à Paris. Cela fait maintenant sept ans que je suis installée en France. J’ai eu quelques expériences professionnelles à la télévision et je travaille actuellement en tant qu’assistante d’éducation dans un collège. Pendant tout ce temps, j’ai développé en parallèle une passion qui consiste à travailler sur des vidéos et à mixer des vidéos en live. C’est Olivier Ratsi, un artiste français qui fait partie du collectif ANTIVJ, qui m’a un peu initiée à la chose. J’ai formé avec lui un duo qu’on a appelé WAFOLYV et avec lequel nous avons monté des projets un peu partout en France. J’ai intégré par la suite Arabstazy, un collectif de vidéastes et musiciens tunisiens dont Amine Metani, Deena Abdelwehed et Zied Hamrouni. Nous avons présenté nos créations dans le cadre de ce collectif en Egypte, à Paris, Tunis et Bruxelles. Aujourd’hui, je ne fais plus partie du groupe mais j’en garde un bon souvenir. C’était une belle expérience qui m’a beaucoup appris, surtout au niveau des échanges humains entre les artistes.

A partir de tes collaborations avec différents musiciens, quelle place accordes-tu à la musique dans ton travail de VJing ? 

Je pense que le VJing a longtemps été considéré comme quelque chose de simplement décoratif, un apparat pour accompagner la musique. Il m’arrive d’ailleurs de m’amuser à dire que je fais juste partie du décor. C’est grâce au duo que j’ai formé avec Olivier que j’ai compris comment le VJing peut mener très loin. Le pouvoir de l’image est fort et bien présent dans chaque représentation. On sait tous à quel point la vidéo possède des pouvoirs de propagande. Réunir des gens dans un même espace avec de la musique et une expérience visuelle peut avoir un effet unique. Le VJ a la possibilité de véhiculer les idées qu’il veut et influencer facilement une foule à travers l’image.

Plus je maîtrise ce que je fais et plus je me donne la liberté d’être en décalage par rapport à la musique. Je ne suis pas obligée de synchroniser systématiquement mes images avec un rythme soutenu de musique qui est à 120, 130 ou 180 BPM et de faire passer des images qui défilent très vite. Des fois j’opte vers une lenteur qui crée un effet de déséquilibre. Quand j’observe les spectateurs pendant ces moments-là, je les vois danser de manières singulières. Leurs corps bougent et suivent le rythme mais leurs têtes sont un peu penchées avec une expression intriguée sur les visages. Ils essayent de comprendre ce qui est en train de se passer sur l’écran et ils deviennent obnubilés par la chose. C’est toute une expérience : ils ne sont plus là pour écouter de la musique en consommant de belles images, mais bien plus. C’est ce que j’aime dans cet univers. Je n’ai pas envie que ça soit uniquement décoratif.

Par ailleurs, je ne sais pas si la musique est indispensable à mon travail. J’ai toujours composé mes vidéos sur de la musique parce que j’aime bien traduire visuellement les sonorités que j’entends et les émotions qui en découlent.


Tu as essayé de faire la même chose en partant de la poésie, plus précisément des Fleurs du Mal de Baudelaire. Peux-tu nous en dire plus sur ce projet ? 

Tout a commencé lorsqu’on m’a contactée pour participer à une exposition collective qui a eu lieu dans un endroit  atypique à Paris : un bunker à 25 mètres sous terre. J’étais en train de lire Les Fleurs du Mal quand j’ai eu cette proposition alors j’ai eu l’idée de faire une lecture croisée des poèmes de Baudelaire pour arriver à une sorte de « méta-poème » que je pourrais illustrer avec des images. J’ai développé cette idée en intégrant des vers choisis en sous-titres. Après cette exposition, ce même projet a évolué dans le cadre de la première édition du festival Ephémère en collaboration avec Houwaida Hedfi, une amie musicienne. On a créé ensemble une installation avec de la vidéo et du son.


Tu es connue aussi pour ton talent de photographe. Quels sont tes projets dans ce domaine ? 

Je ne sais pas si je peux dire que je suis vraiment photographe. Je préfère dire que je suis amateur pour laisser toujours une place importante à l’apprentissage et à l’évolution.  J’ai initié il y a quelques années un travail introspectif d’autoportraits. C’est venu de l’envie d’exorciser des émotions ou de mettre en scène des idées qui me tiennent à cœur, des images qui me titillent, qui me travaillent de l’intérieur et que j’ai envie de sortir de ma tête. Après cette focalisation sur l’autoportrait, j’ai eu envie de diriger mon objectif vers les autres. Mon idée était de révéler aux gens des vérités sur leur personne qui leur sont invisibles et de les amener à transgresser leurs limites pour arriver à se voir différemment. C’est pour cela que j’aime beaucoup le jeu, le déguisement, le travestissement et la mise en scène qui est souvent très théâtrale. J’ai commencé cette expérience l’année dernière. Je n’ai encore rien montré de ce que j’ai fait et je ne sais pas encore ce que je vais en faire.

Est-ce que tu penses un jour rentrer et monter un projet en Tunisie ?

Me projeter en Tunisie aujourd’hui ? Je ne sais pas… Je pense qu’il est encore tôt pour moi d’y penser sérieusement.

Je n’ai pas beaucoup de contacts à Tunis et toute seule, je n’arriverai  pas à faire grand-chose surtout que le milieu artistique y est particulièrement sensible et très dur. J’aimerais bien connaître plus de gens, élargir mon réseau et surtout rencontrer des personnes qui se donnent le temps et la bonne énergie pour faire avancer réellement les choses en Tunisie. Il faudrait peut-être que je commence à en parler autour de moi. J’aimerais bien développer des ateliers qui permettraient de sensibiliser les gens et surtout les plus jeunes à la culture visuelle, de les initier au mapping, au VJing, etc.

Pour le moment, j’essaye surtout d’avoir une certaine notoriété avec ce que je fais. J’ai des projets en cours dont un qui est prévu pour bientôt dans le nord de la France avec l’Institut du Monde Arabe et qui portera sur les principaux acteurs de la musique irakienne. J’ai aussi une collaboration prévue avec le musicien Ibaaku. Nous aurons des dates en Belgique et peut-être en Afrique aussi. Le retour en Tunisie viendra dans une phase ultérieure. Ce n’est pas pour tout de suite.

Zakia BOUASSIDA

 

 

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