Interview décalée de Sophie Renaud, nouvelle directrice de l’IFT
08 janvier 2018
Interview décalée de Sophie Renaud, nouvelle directrice de l’IFT
08 janvier 2018

Conseillère de Coopération et d'Action Culturelle et nouvelle directrice de l'Institut Français de Tunisie, Sophie Renaud a pris ses fonctions en Septembre, elle a choisi d’être ici ! Pour elle, la Tunisie est l’endroit où il faut être afin de participer au bouillonnement culturel mais aussi en profiter.

Elle aspire à travailler avec les acteurs de la scène artistique tunisienne afin de créer de nouveaux rdv incontournables. Rencontre.

Pourriez-vous nous parler de votre parcours avant d’arriver en Tunisie ?

J’ai un parcours assez varié qui vient surtout du terrain, j’ai été secrétaire générale d’une institution culturelle en France, j’ai aidé de nombreux artistes à monter leurs projets et à les faire circuler à travers le monde.

J’ai aussi été directrice de la culture à l’Institut Français à Paris, ce qui inclue de nombreuses disciplines telles que la musique, les arts visuels, l’architecture, le design, la photographie, le théâtre, la danse mais aussi le cirque, etc. Ma mission était d’accompagner les artistes français à travers de grandes opérations à travers le monde afin de leur donner de grands moments de visibilité.

Aussi, j’avais pour mission de mettre en avant la création provenant de tout le continent africain puisque j’ai porté un programme qui s’appelle Afrique en création dont la mission était d’accompagner les artistes et les opérateurs culturels africains et leur permettre à la fois de se développer sur leur propre terrain mais aussi de se mettre au contact des milieux professionnels à travers le monde et de s’ouvrir aux nouveaux marchés. C’est comme ça que j’ai produit durant plus de 20 ans la biennale photo de Bamako et la triennale Danse l’Afrique Danse qui a d’ailleurs été accueillie en Tunisie en 2008. Ce dernier était un Rdv international pour tous les professionnels de la danse qui se mobilisaient pour venir découvrir la création chorégraphique du continent africain dans un pays différent à chaque fois.

C’est un pays où je viens depuis vingt ans et que je connais donc assez bien, où je me projetais facilement pour contribuer à l’accompagnement de cette dynamique culturelle. Mon choix de candidater pour le poste de directrice de l’Institut français de Tunisie a été vite fait !

A quoi vous fait penser la Tunisie post-révolution ? Quelle est votre vision actuelle de la Tunisie ?

C’est un pays en ébullition, il y a une créativité, une énergie et une force d’inertie très importante et j’ai l’impression que ces deux pôles sont constamment en concurrence. Ces deux pôles tirent le pays dans un sens ou dans l’autre et je pense qu’à un moment ça va se coller et ça va prendre sa route.

Pensez-vous consolider les programmes déjà existants à l’IFT ou apporter une toute nouvelle touche ?

Connaissant bien le pays et ses acteurs culturels, j’ai vu le potentiel qu’il peut y avoir dans ce lieu et c’est pour ça que j’arrive avec l’envie d’apporter de nouvelles choses. Cependant, il y a déjà de très bonnes activités qui ont été mises en place par mes prédécesseurs et qui seront poursuivies. Toutefois,  c’est important de créer des rdv d’une autre nature, il faut changer certaines choses, car je pense qu’on n’est pas là pour faire de l’animation culturelle. L’Institut français de Tunisie est un lieu qui doit avoir une vision, une ligne éditoriale comme un support média et cela passe par une certaine exigence artistique et la volonté que ce lieu soit un lieu d’idées et de débats.

Je travaille également pour animer les espaces autrement, j’ai créé les toits sonores sur le toit de l’Ift, un espace magnifique et que personne ne connaissait. Je prévois aussi de transformer pas mal d’espaces afin de faire profiter les associations de nos locaux, je voudrais faire de ce lieu, un espace d’hospitalité et d’échange.

En 2018, on initiera le projet Tunis capitale de l’image avec en premier lieu le Festival du Cinéma Méditerranéen en Juin, puis Docs à Tunis (festival de films documentaires) en avril, sans oublier Tunis Photo festival (biennale de photo en collaboration avec la maison de l’image et la commissaire artistique Michket Khrifa), ce sera un festival ouvert à la photographie arabe et africaine. On aspire également à attaquer les espaces publics avec des manifestations populaires ainsi qu’un musée de la photographie à ciel ouvert à l’avenue Habib Bourguiba.

Les artistes tunisiens manquent d’appui de la part des acteurs culturels, avez-vous des projets pour les soutenir ?

Déjà, nos locaux comme je viens de le dire sont un lieu ouvert aux projets et aux propositions notamment afin de construire des activités ensemble, et cela est en soit une vraie opportunité de soutien. Après, on apporte aussi un soutien financier à un certain nombre de festivals et d’autres structures mais nous ne sommes pas le ministère de la culture, on reste l’institut français et notre but est de créer des rencontres entre les acteurs culturels français et tunisiens dans un esprit de collaboration au sens noble du terme.

Quelle est la durée de votre mandat ?

Quatre ans, sans possibilité de renouvellement.

Votre artiste préféré en Tunisie ? celui qui vous a le plus marqué ?

Il y a un artiste que je trouve extrêmement touchant, Seifeddine Manai un excellent jeune danseur qui s’est essayé à la chorégraphie en créant des choses fragiles et qui a compris qu’à un moment, il fallait aller au-delà des plateaux et se frotter à l’univers extérieur. Il a fait une performance dans l’espace public que je trouve très juste dans la manière dont il mêle l’emprise avec la réalité d’un espace et la capacité d’un corps à s’adapter à celui-ci. C’est un projet très fort que j’ai accompagné dans une circulation au travers le monde, notamment sur le continent africain et ailleurs.

Le film tunisien qui vous a le plus touché ?

Je vais rester dans l’actualité avec la sortie du film de Kaouther Ben Henia, La belle et la meute, pour une raison simple, je suis moi-même une militante du droit des femmes et je pense que c’est un film hyper important pour la Tunisie. Je suis très fière parce qu’on va accompagner pendant toute l’année des associations qui se sont mobilisées et qui ont choisi ce film comme vecteur d’information pour porter leur combat afin de défendre la question du droit des femmes mais aussi faire connaitre les nouvelles lois qui ont été votées contre la violence faite aux femmes et aller au devant de la population, des foyers pour femmes battues. On va être le partenaire de ce projet qui va permettre de diffuser la belle et la meute pendant un an dans toute la Tunisie. Ce film m’a touché, il est esthétiquement très fort et ce contraste entre la beauté de l’image et le sordide de la situation lui donne une force très particulière. Et Mariem Farjani est époustouflante !

Mais je peux aussi parler du film Le vent du nord que j’ai beaucoup apprécié. Il y a depuis quelques temps une formidable dynamique du cinéma Tunisien.

Maintenant, on va passer aux questions décalées qui vont nous permettre de vous connaître autrement… alors quel est votre plat tunisien préféré ? 

La Ojja aux merguez préparée par Henda :)

La ville tunisienne qui vous tient le plus à cœur ?

Moi, je suis une citadine, j’aime bien l’énergie de Tunis. Après, si c’est pour prendre un peu de distance, les plages de Kelibia me vont très bien aussi.

Que faites-vous pour vous divertir ?

Je n’ai pas eu beaucoup de temps pour me divertir depuis que je suis ici mais j’aime aller au cinéma, d’ailleurs on va créer une salle de cinéma à l’IFT et on va développer une programmation quotidienne portée sur le cinéma francophone et africain. Sinon, j’aime aller de temps en temps au Tutu, l’ambiance est sympa, le son est de qualité et on y mange très bien ! Voilà :)

Propos recueillis par Hella Nouri

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